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Guide technique · 6 min de lecture

Bague anti-extrusion : quand en poser une (bague téflon PTFE)

Au-delà d’un certain couple pression-jeu, aucun joint torique ne tient, quelle que soit sa dureté : il finit par s’engager dans l’interstice et se faire grignoter. La bague anti-extrusion résout ce problème pour quelques centimes — à condition d’avoir prévu la largeur de gorge, ce qui ne se rattrape pas après usinage.

Ce guide s’applique à toute dimension de joint torique du catalogue, et les matières citées ont chacune leur fiche technique.

Le problème : le joint entre dans l’interstice

Sous pression, un joint torique se comporte comme un fluide très visqueux : il est poussé contre la face opposée de la gorge et contre l’interstice qui sépare les deux pièces. Tant que cet interstice reste petit devant la déformation admissible du joint, rien ne se passe. Au-delà, une partie de l’élastomère s’y engage.

Ce qui suit dépend du régime. En pression constante, la partie extrudée est simplement écrasée et le joint perd peu à peu de la matière. En pression pulsée, l’interstice s’ouvre et se referme à chaque cycle et cisaille la partie engagée : le bord prend un aspect dentelé caractéristique, toujours du côté opposé à la pression.

Reconnaître une extrusion

Bord effrangé, comme grignoté, sur une seule face du joint. Le reste de la section est souvent intact. Si les deux bords sont atteints, c’est que la pression s’inverse — et qu’il faut deux bagues, pas une.

Les autres modes de défaillance et leur signature →

Le seuil : un couple pression-jeu, pas une pression

La question « à partir de combien de bars ? » n’a pas de réponse parce que la pression seule ne détermine rien. Le paramètre réel est le jeu radial du montage, confronté à la pression maximale et à la dureté du joint.

Jeu radial = (Ø alésage max − Ø tige min) ÷ 2

À calculer sur les bornes défavorables des deux tolérances, pas sur les cotes nominales. C’est l’erreur la plus fréquente et elle sous-estime systématiquement le jeu.
Jeu radial maximal sans bague, en millimètres
Pression70 Shore80 Shore90 Shore
35 bar0,100,150,18
70 bar0,090,100,15
105 bar0,070,080,10
140 bar0,050,08
175 bar0,030,07
210 bar0,05
350 bar0,03

Valeurs pour un tore de 3 à 5 mm. Un tiret signifie que la dureté n’est plus tabulée à cette pression : la bague devient obligatoire. Les tores plus fins tolèrent moins de jeu, les tores plus épais un peu plus.

Lisez ce tableau à l’envers pour prendre votre décision : si votre jeu calculé dépasse la valeur de la case correspondant à votre pression et à votre dureté, vous avez deux options — reprendre l’usinage pour resserrer les tolérances, ou poser une bague. La seconde est presque toujours la moins chère.

Calculer le jeu de votre montage →

Les trois familles de bagues

TypeFormeEmploiMontage
Coupée à 30°Anneau concave fendu en biaisStatique et dynamique lentS’ouvre pour être enfilée sans démontage
EntièreAnneau plein, non fenduStatique, mouvements alternatifs et rotatifsExige une gorge ouverte ou un démontage
SpiraléeRuban enroulé sur deux à trois toursDynamique, pression élevéeS’enfile par vissage, sans démontage

La coupe à 30° n’est pas un détail de fabrication : elle permet d’ouvrir la bague pour la passer sur un arbre ou dans un alésage sans démonter, tout en refermant proprement une fois en place. Une coupe droite laisserait un interstice par lequel le joint recommencerait à extruder — ce qui est précisément le problème qu’on essaie de résoudre.

La bague spiralée est la plus tolérante des trois. Son enroulement sur plusieurs tours supprime tout passage direct, elle se monte sur n’importe quelle géométrie fermée, et elle suit les variations de diamètre. C’est le choix par défaut en dynamique haute pression.

Une ou deux bagues

La bague se place toujours du côté opposé à la pression, puisque c’est de ce côté que le joint est poussé. La règle est donc directement liée au sens de sollicitation.

ConfigurationNombre de baguesExemple
Pression toujours du même côtéUne, côté basse pressionBouchon, capteur, vérin simple effet
Pression alternéeDeux, de part et d’autreVérin double effet, distributeur, accumulateur
Pression pulsée à forte fréquenceDeux, même si le sens est constantPompe, circuit à coups de bélier
Sens inconnu à la conceptionDeuxToujours, quand le doute subsiste

En cas d’hésitation, deux bagues coûtent quelques centimes de plus et ne présentent aucun inconvénient fonctionnel. Le seul coût réel est la largeur de gorge supplémentaire, et c’est précisément ce qu’il faut décider avant l’usinage.

Ce que la bague change sur la gorge

La bague occupe du volume, donc de la largeur. C’est la contrainte structurante, et celle qui interdit presque toujours l’ajout après coup.

Largeur de gorge à prévoir, montage piston
ToreGorge standardAvec 1 bagueAvec 2 baguesÉpaisseur de bague
1,78 mm2,70 mm4,10 mm5,50 mm1,40 mm
2,62 mm3,60 mm5,00 mm6,40 mm1,40 mm
3,53 mm5,10 mm6,50 mm7,90 mm1,40 mm
5,33 mm7,10 mm8,80 mm10,50 mm1,70 mm
6,99 mm9,30 mm11,80 mm14,30 mm2,50 mm

Valeurs indicatives pour une bague concave coupée à 30°, en montage piston. Le rayon de fond de gorge reste de 0,25 mm. Les cotes exactes figurent sur la fiche de chaque référence de joint.

Un exemple pour fixer les idées : sur un tore de 3,53 mm, passer d’une gorge nue à une gorge à deux bagues fait passer la largeur de 5,10 à 7,90 mm, soit 55 % de plus. Aucun montage existant n’absorbe cela. La décision se prend au moment du plan.

Ce qui arrive si on force

Insérer une bague dans une gorge non prévue porte le taux de remplissage au-delà de 100 %. Le joint n’a plus où se déformer : il est écrasé entre la bague et les parois, se détruit en quelques cycles, et peut coincer le mécanisme. C’est une des rares erreurs qui empire immédiatement la situation.

Le taux de remplissage et les cotes de gorge →

Les matériaux

MatériauTempératureCe qu’il apporteRéserve
PTFE vierge−200 à +260 °CGlisse, ne raye pas, chimiquement inerteFlue sous forte charge
PTFE chargé verre ou bronze−200 à +260 °CRésiste au fluage, admet plus de pressionPeut marquer les surfaces tendres
POM acétal−40 à +100 °CRigide, économique, bonne tenue mécaniquePlage de température étroite, sensible aux acides
PEEK−60 à +250 °CLe plus résistant, très haute pressionCoût élevé, dur pour les portées
Élastomère armé tissu−30 à +100 °CSouple, tolère les défauts de géométriePerformances limitées en pression

Le PTFE vierge couvre l’essentiel des besoins et reste le choix par défaut. On ne s’en écarte que pour deux raisons : le fluage sous très forte charge, qui appelle un PTFE chargé ou du PEEK, et la nécessité d’une bague plus rigide sur des jeux vraiment importants.

Un point souvent négligé : plus la bague est dure, plus elle risque de marquer la portée métallique en face. Sur un alésage en alliage léger ou sur une tige traitée, une bague en PEEK peut créer la rayure qui provoquera la fuite suivante. Le PTFE, lui, ne raye rien.

Les erreurs de mise en œuvre

  • Poser la bague du mauvais côté. Elle doit être en aval de la pression, jamais en amont : du côté pression, elle ne sert à rien et empêche le joint de se plaquer correctement.
  • Monter une bague coupée avec la coupe alignée sur celle d’une seconde bague. Les coupes doivent être décalées, idéalement de 180°.
  • Oublier le rayon de fond de gorge. La bague a une arête vive côté fond : sans rayon, elle appuie sur un angle et s’ébrèche.
  • Réutiliser une bague PTFE déposée. Le PTFE flue et garde la forme de sa gorge précédente ; elle ne refermera plus correctement.
  • Négliger le sens de la face concave. Sur une bague concave, le creux reçoit le joint : montée à l’envers, elle offre au joint une arête au lieu d’un appui.
  • Compter sur la bague pour rattraper un jeu franchement excessif. Elle double environ le jeu admissible ; elle ne remplace pas un usinage correct.

La décision, en quatre lignes

  1. 1

    Calculez le jeu radial sur les bornes défavorables

    Alésage au maximum, tige au minimum. C’est la valeur qui compte, pas la valeur nominale.

  2. 2

    Prenez la pression de pointe, pas celle de service

    Coups de bélier, pics de démarrage, montée en température à volume constant.

  3. 3

    Confrontez au tableau à la dureté envisagée

    Si vous êtes au-dessus de la case, montez d’une dureté et refaites la lecture. Si vous êtes encore au-dessus, la bague est nécessaire.

  4. 4

    Décidez du nombre de bagues avant de coter la gorge

    C’est la seule étape irréversible : une gorge trop étroite ne se rattrape pas, et une gorge prévue large peut toujours recevoir une bague de plus tard.

Le tableau complet des jeux admissibles par dureté →

Questions fréquentes

À partir de quelle pression faut-il une bague anti-extrusion ?

Il n’y a pas de seuil unique : c’est le couple pression-jeu qui décide. En ordre de grandeur, un joint 70 Shore avec un jeu ordinaire atteint sa limite vers 100 bar, un 90 Shore vers 350 bar. Au-delà, ou dès que le jeu est important, la bague devient nécessaire.

Faut-il une ou deux bagues ?

Une seule, du côté opposé à la pression, si la pression vient toujours du même côté. Deux, de part et d’autre, dès que la pression peut s’inverser — un vérin double effet, un distributeur, un circuit avec retour en charge.

Peut-on ajouter une bague sur une gorge existante ?

Rarement. La bague occupe de la largeur : il faut environ 1,4 mm de plus par bague sur les petites sections et jusqu’à 2,5 mm sur les grosses. Une gorge standard ne l’absorbe pas, et forcer conduit à un taux de remplissage supérieur à 100 %, donc à une destruction du joint.

En quelle matière choisir une bague ?

Le PTFE dans la grande majorité des cas : il glisse, ne raye pas, supporte toute la plage de température. Le PTFE chargé, le POM ou le PEEK quand la pression ou la température dépassent son domaine, au prix d’une plus grande dureté et d’un risque de marquage.

Mis à jour le 28/08/2026. Valeurs indicatives : les essais restent à mener dans les conditions réelles d'emploi.

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